Posté le20 avril 2017    par Noe Jacomet

 Voir l'article sur medium


Comment la génération des Indignés remplit la promesse de renouvellement politique au sein de Podemos et du ParticipaLab de Madrid


Description du projet

Une interview de Yago Bermejo Abati à propos de son implication au sein du mouvement des Indignés, de Podemos et son travail au Medialab Prado à Madrid.
Peux-tu te présenter en précisant comment tu as rejoint le mouvement des Indignés et Podemos ?

Yago Bermejo : Je suis activiste depuis un certain temps et j’ai donc fait partie du 15M (mouvement des Indignés) quand il a commencé. Par la suite, j’ai collaboré avec Podemos. Ce qui définit mon implication dans ces mouvements, c’est la volonté de faire un diagnostic de la démocratie et de créer de nouveaux outils numériques pour redéfinir le consensus. En 2013, nous avons créé ce collectif appelé LaboDemo et nous avons essayé de nous impliquer avec des mouvements intéressés par ces domaines. C’est ainsi que nous nous sommes liés à Podemos avec lequel LaboDemo a collaboré à plusieurs reprises. Après cela, nous avons commencé à travailler avec Ahora Madrid, qui est une coalition de partis qui régit actuellement Madrid et que nous avons aidé à élaborer un processus de propositions collectives pour les programmes électoraux. Après cela, Pablo Soto, qui est l’un de nos meilleurs collaborateurs, a commencé à travailler avec le gouvernement local, créant de nouveaux outils open source pour la participation et maintenant je travaille au ParticipaLab, un laboratoire à l’intérieur du Medialab Prado qui a trait à ce genre de choses aussi.

Peux-tu nous dire ce qui relie les Indignés, Podemos et le Medialab Prado ? Où ces projets se rencontrent-ils ?
YB : Le facteur liant est d’essayer de faire émerger des politiques de crowdsourcing. C’est ce qui relie ce type de projets. Cela dit, le 15M était un peu différent parce qu’il s’agissait avant tout d’un mouvement protestataire, mais il y a eu des tentatives de création d’outils de participation à l’époque. Ce qui nous motive c’est cette idée de démocratie ascendante mais bien sûr, au fil du temps, nous progressons. Donc, ce que je fais maintenant avec ParticipaLab est tout à fait différent des civic tech produites lors des démonstrations du 15M.
Un atelier du Medialab Prado : l’intelligence collective au service de la démocratie (2016)


Dirais-tu que tout a commencé avec les manifestations des Indignés ? Quelles étaient les spécificités de ce mouvement ?
YB : Le point de départ est de réaliser les défauts de la démocratie. Une fois que vous êtes dans l’état d’esprit de changer ce qui ne va pas, vous pouvez travailler à améliorer le système. Il existe de nombreuses façons de le faire, mais dans notre cas, nous essayons de repenser la façon dont les institutions fonctionnent et comment elles peuvent utiliser internet pour que l’intelligence collective se mette au service de la démocratie. Il est réconfortant de constater que ces mouvements surgissent en plusieurs endroits à la fois. Comme l’Islande, Taïwan, l’Argentine, etc. Pour résumer, je dirais que nous essayons de faire ce type de connexion entre l’innovation participative et les réseaux, en trouvant de nouvelles façons de reconstruire la démocratie.

Un rassemblement des Indignés sur la place de la Puerta del Sol à Madrid (20 mai 2011)


En France, la civic tech trouve surtout écho auprès des catégories sociales les plus aisées. Comment la rendre plus populaire ?
YB : Nous essayons de changer la politique en général. C’est impopulaire car la politique est impopulaire, mais si nous réussissons, cela changera. Notre objectif est de donner plus de pouvoir à tous les citoyens, indépendamment de leur classe sociale. Aujourd’hui, la technologie est partout. Par exemple, la grande majorité des personnes ont accès à Internet ou à un smartphone, donc il ne s’agit pas d’être riche ou d’être pauvre à mon avis. Nous essayons d’avoir une approche différente, un discours différent. Les politiciens traditionnels utilisent toujours les mêmes méthodes. Créer de nouvelles façons de participer à travers la civic tech, cela peut être populaire, cela peut créer du lien entre les gens ordinaires et c’est la base de ce que nous avons fait en Espagne au cours des dernières années. Par exemple, sur decide.madrid, vous pouvez faire une proposition qui peut avoir de forts aspects politiques, mais ces propositions peuvent être partagées dans Whatsapp très facilement. Ce que nous essayons de faire ici, c’est faciliter l’accès à la politique en augmentant le taux de participation grâce à des applications ou des plateformes web déjà existantes (et populaires). Aujourd’hui, nous avons plus de 300 000 personnes connectées à Ahora Madrid. La technologie est là, ce qui compte c’est de trouver le bon moyen de l’utiliser pour améliorer la participation, c’est-à-dire s’assurer que les gens sont plus souvent impliqués dans la vie politique et pas seulement pour les élections tous les 4 à 5 ans…

Tu es maintenant coordinateur de projets au Medialab Prado, peux-tu nous en parler ?
YB :Le Medialab est un centre culturel civic tech basé sur la technologie open source. Notre philosophie est très spécialisée dans le sens où nous voulons promouvoir la technologie libre pour créer des démocraties plus participatives. Dans le sens pratique, ce que nous faisons, par exemple, ce sont des ateliers annuels où nous rassemblons des projets qui tournent autour des technologies participatives du monde entier (je suis sûr que Virgile t’a parlé de celui auquel il a pris part). Un autre processus novateur que nous avons promu est le G1000 que nous avons tenu à Madrid. Pour cela, nous avons contacté un millier de personnes de la ville pour collaborer, participer et débattre des questions politiques locales. La dernière étape de cette expérience était de partager nos propositions avec toute la ville grâce à la technologie numérique. Pour information, les personnes qui ont participé ont été choisies au hasard, à travers des processus de contact qui se sont déroulés dans des lieux publics de Madrid comme des centres de sport ou de santé, des supermarchés, etc.
La façade en DEL du Medialab Prado


En quoi ce que l’on fait au sein du Medialab Prado est différent de ce que proposent les entreprises privées des civic tech ?
YB : Nous croyons que la démocratie ne peut pas être confiée aux entreprises privées. Cela irait en conflit avec la transparence que nous espérons. Et nous avons une étude de cas maintenant ! Il faut savoir qu’il existe plusieurs villes en Espagne qui utilisent des logiciels de vote en ligne open source et, il y a quelques semaines, pour la première fois, Podemos en Catalogne a demandé à une entreprise privée de faire un outil de vote électronique. Nous avons été très choqués par cette erreur et il y a eu ce débat ouvert sur la raison pour laquelle nous devrions ou non utiliser des licences privées pour des logiciels démocratiques. Nous avons même écrit un article à ce sujet. Fondamentalement, notre point de vue est que ceux qui ont accès au code sont ceux qui sont au pouvoir, c’est donc une question de confiance. Pour nous, si les gens sont en charge, alors tout le monde devrait pouvoir accéder au code de l’outil numérique. La démocratie est un droit, pas quelque chose que l’on achète. Dans le cas de sociétés privées, la plupart du temps, il y a un abonnement attaché au logiciel, de sorte que non seulement vous ne pouvez pas accéder à leur code, mais vous êtes également impliqué financièrement.
L’intelligence collective au service de la démocratie (2016)


Cela fait presque 6 ans que le mouvement des Indignés a emergé. Peux-tu dresser un bilan de la civic tech en Espagne ? YB : Certains parmi les Indignés ont tenté de construire des outils numériques pour favoriser la participation citoyenne, mais leur approche était maladroite. Par exemple, ils ont essayé de reproduire des réseaux sociaux sous une forme open source, mais cela a échoué parce que seules les personnes qui étaient déjà dans le mouvement y ont pris part, plutôt que l’ensemble de la population. Je sais que certaines personnes ont également essayé de construire des outils pour collecter des propositions, mais ces plateformes étaient très primitives. L’étape suivante était LaboDemo et en particulier les travaux associés à Podemos. Ces collaborations ont été principalement consacrées à promouvoir ce qui s’est produit avec les manifestations des Indignés, on pourrait dire que les tentatives faites durant ce mouvement étaient des ébauches de ce que nous avons fait avec Podemos. Comme toujours, l’idée était d’utiliser des outils numériques pour organiser un travail collectif. Nous avons également essayé d’utiliser Loomio dans le contexte espagnol, qui est un outil très intéressant. Enfin, il y a eu d’autres tentatives pour utiliser la technologie pour faire du crowdsourcing notamment. Globalement, ces dernières années ont été très enrichissantes pour la civic tech en Espagne.
L’ensemble des villes qui utilisent Consul, la plateforme de participation créée à Madrid.</center

Que penses-tu des initiatives semblables à l’étranger, comme g0v à Taiwan ou la révolution islandaise ?
YB : Établir une communauté mondiale est très important. Les initiatives étrangères sont comme des miroirs de ce que nous faisons ici en Espagne. Ils nous permettent d’interagir les uns avec les autres, de nous inspirer et grâce à eux, nous pouvons importer en Espagne ce qui fonctionne à l’étranger. Par exemple, nous sommes très intéressés par ce que les Islandais ont fait dans le passé, en particulier en ce qui concerne les budgets participatifs. Nous avons aussi discuté avec des personnes à Taïwan, de la façon dont elles perçoivent le processus délibératif et nous avons été particulièrement intéressés par leur projet pol.is par exemple. Nous sommes également liés à d’autres mouvements comme ceux en France, où Nuit Debout s’intéresse à la participation citoyenne numérique. La plateforme de budget participatif officielle de Paris est aussi intéressante, bien qu’imparfaite.

Yago en pleine présentation au gOv Sum

Tu as un parcours très particulier. Tu as travaillé comme entrepreneur, comme musicien et comme enseignant. Qu’est-ce qui t’a mené à la civic tech ?
YB : Je pense que les personnes qui travaillent dans ce domaine ont des antécédents très variés. Par exemple, j’ai rencontré plusieurs musiciens mais aussi des personnes ayant une formation très orientée vers les nouvelles technologies. Les profils sont donc très différents. Ce qui nous unit, c’est le plaisir de découvrir de nouvelles choses, de collaborer et d’innover sur des sujets qui semblent difficiles de prime abord. Dans mon cas, j’ai étudié la physique, donc j’ai toujours eu un intérêt pour les choses complexes, mais les raisons varient si vous demandez à une personne différente. Une autre chose que nous avons en commun est que la plupart d’entre nous avons été activistes à un moment donné, c’est important parce qu’il y a un côté militant à ce que nous faisons dans ce domaine. Dans mon cas, il y a trois aspects : une curiosité expérimentale, un aspect plus créatif ou artistique et enfin le côté activiste qui nous lie.

Open Source Politics est une entreprise qui développe des plateformes de démocratie participative pour des acteurs publics, privés et associatifs. Contactez-nous si vous souhaitez vous engager dans un dispositif de concertation ou un budget participatif utilisant des outils civic tech !


Autres Articles


 

Open Source Politics,
RCS Paris 820 412 161
32 rue des Cascades
75020 Paris (France)

Open Source Politics est une SARL relevant du champ de l'économie sociale et solidaire. Elle défend les principes de l'open source dans les outils de participation citoyenne qu'elle déploie, ainsi que dans les relations avec ses partenaires.


contact@opensourcepolitics.eu