Posté le3 mai 2017    par Noe Jacomet

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Comment le mouvement Umbrella a lancé une dynamique de renouveau démocratique à Hong Kong


Description du projet

Pouvez-vous vous présenter, en précisant comment vous avez commencé à vous intéresser à la civic tech ?

Angus : Pour moi, tout a commencé l’année dernière. J’ai commencé à m’impliquer dans la civic tech en 2016. À la base, ce qui a attiré mon attention, c’était un article écrit par Benny Tai, un professeur agrégé de droit à l’Université de Hong Kong qui est également devenu le leader de facto du mouvement d’occupation pro-démocratie. Quoi qu’il en soit, en lisant son article, je me suis dit : “voilà une idée qui pourrait remodeler le fonctionnement des élections du conseil législatif”. Je me suis rapproché de ces mouvements et je suis devenu membre de la communauté civic tech locale.

SnD : Je faisais déjà partie d’une équipe civic tech hongkongaise en 2014 (Code for Hong Kong). À l’époque, nous utilisions surtout le toolkit créé par le mouvement Tournesol à Taïwan. Depuis le début des manifestations, je me demandais comment faire en sorte que la civic tech puisse bénéficier à la démocratie ici à Hong Kong. L’année dernière, j’ai vu un message d’Angus sur le groupe Facebook de Code for Hong Kong. Il cherchait des gens pour participer à la campagne pour les élections du conseil législatif. C’est comme ça que j’ai rejoint l’équipe.

Pouvez-vous nous parler du mouvement Umbrella ?
SnD : Depuis la fin du mois d’août 2014, le gouvernement chinois a mis en place de nouvelles contraintes sur la façon dont le chef de l’exécutif à Hong Kong peut être élu. Par exemple, ils ont créé un comité qui peut désigner les candidats à l’élection. Ils ont un droit de veto sur qui peut ou ne peut pas se présenter. L’idée du mouvement d’occupation pro-démocratie était de dire au camp pro-Pékin qu’il n’est pas normal d’avoir ce genre de pouvoir. En ce qui concerne la partie «Umbrella», elle est liée aux tactiques utilisées par les autorités pour faire taire les manifestants. À plusieurs reprises, la police a utilisé des jets d’eau froide ou du pepper spray pour disperser les gens. Les parapluies peuvent vous protéger de ces choses-là, ils sont donc logiquement devenus notre symbole.

Symbole du mouvement (photo: Wikimedia Commons)


Diriez-vous que ce sont les manifestations de 2014 qui ont lancé cette dynamique à Hong Kong ?
SnD : Il y a eu des manifestations avant 2014. Je pense que depuis 2012, les préoccupations au sein de la population se sont faites de plus en plus pressantes, parce que le chef de l’exécutif était très impopulaire. Au fur et à mesure, le camp pro-Pékin est devenu de plus en plus agressif. Je me souviens qu’à l’époque, les gens utilisaient déjà la technologie pour s’informer, par exemple, il y avait ce mouvement appelé SocRec (Society Record) qui a émergé après 2012 dont l’objectif était de diffuser les nouvelles liées aux manifestations sur les réseaux sociaux.
Le site de l’Amirauté, nuit du 10 octobre 2014 (picture: Wikimedia Commons)


La civic tech est-elle populaire à Hong Kong ?
Angus : Il n’y a pas beaucoup de gens à Hong Kong qui ont adopté l’idée que la technologie peut améliorer la démocratie et même s’il y a parfois eu beaucoup de participation à nos projets, nous avons encore l’impression qu’un effort supplémentaire est nécessaire. Mais oui, certains de nos projets se sont montrés populaires par le passé. Par exemple, il y a plus de 65 000 personnes qui se sont exprimées lors de notre dernier référendum, en utilisant nos plateformes POPVote. Nous étions un peu déçus parce que nous nous attendions à une plus grande participation, mais cela reste correct. En juin 2014 en revanche, nous avions fait campagne avec le parti pan-démocratique pour le référendum civil afin de proposer une réforme constitutionnelle. Il y a eu beaucoup d’enthousiasme et cela a permis de recueillir les avis de près de 800 000 personnes. À l’époque, nous avions principalement touché les gens via Internet, mais je pense que le succès de ce référendum est principalement dû aux efforts du parti pan-démocratique.
POPvote est une plateforme de vote electronique qui a été utilisée par près de 800 000 personnes pendant le referendum de juin 2014


À quoi ressemble le secteur civic tech à Hong Kong ? Compte-t-il des acteurs privés ?
SnD : À ma connaisance il n’y a pas d’entreprises privées qui font de la civic tech à Hong Kong pour le moment. Il y avait bien cette entreprise qui a créé une plateforme conçue pour aider les whistleblowers en donnant à ses utilisateurs un endroit pour discuter et partager qui offrait des normes de confidentialité élevées. Mais c’était plus un genre de passe-temps, ses créateurs ne gagnaient pas d’argent dessus. En ce qui concerne les projets qui ont été proposés par le mouvement Umbrella et le parti pan-démocratique, il y a d’abord POPVote (Public Opinion Program), dont Angus vient de parler. POP propose une plateforme Web et une application mobile qui permettent aux citoyens de parler de leurs préoccupations et de faire connaître leurs opinions en ligne via un système de débat et de vote électronique. Il a été utilisé durant 12 événements ici à Hong Kong, y compris 2 référendums civils à l’échelle nationale. En outre, nous avons également construit un outil appelé VotSonar, qui permet aux citoyens de voter et de voir les résultats des sondages en temps réel. Nous l’avons utilisé lors de l’élection du Conseil législatif (LegCo) le 4 septembre 2016 et avons recueilli plus de 42 000 voix.
VotSonar permet aux citoyens de voter et d’accéder aux résultats prévus en temps réel


3 ans après les manifestations, pouvez-vous dresser un bilan des améliorations amenées par la civic tech ?
Angus : À mon avis, il n’y a pas eu beaucoup de progrès en termes d’initiatives démocratiques à Hong Kong, les gens se font toujours arrêter pour le simple motif qu’ils font partie du mouvement d’occupation pro-démocratie. Beaucoup craignent des représailles du camp pro-Pékin, de sorte qu’ils ont tendance à ne pas trop s’impliquer, même si, pour la plupart, ceux avec qui nous parlons partagent nos points de vue. Nous avons eu de bons résultats sur certains de nos projets antérieurs, mais ce n’est pas suffisant et même si je peux sembler un peu pessimiste, je ne suis pas près d’abandonner. Je continuerai à travailler pour créer de bons outils pour la communauté !

SnD : J’ai le sentiment que les Hongkongais se considèrent assez réalistes. Ils pensent que les manifestations ne peuvent pas vraiment changer les choses. C’est particulièrement vrai chez les adolescents, qui sont assez détachés et ne s’intéressent pas vraiment à la politique. Cela dit, ce que nous faisons présente un intérêt : la technologie. Elle permet aux gens de parler de leurs préoccupations de manière anonyme et personnelle, je crois que les choses peuvent changer pour le meilleur, même si la situation n’est pas parfaite à l’heure actuelle.
Des officiers de police encerclent des manifestants (picture: Wikimedia Commons)


Que pensez-vous des initiatives étrangères semblables, comme g0v à Taïwan ou Podemos en Espagne ?
Angus : C’est vraiment spécial de pouvoir partager notre point de vue avec des personnes impliquées dans des initiatives similaires partout dans le monde. Je pense qu’il est important pour nous d’avoir des liens avec des mouvements étrangers parce que cela nous permet de savoir quelles technologies fonctionnent et de se les échanger. Je suis toujours surpris de voir que les gens en Europe, en Amérique du Sud, partagent nos valeurs même si les contextes locaux sont totalement différents. J’ai l’impression que les mouvements étrangers reconnaissent la difficulté de notre situation. Je pense à l’aide apportée par les gens de democracy.earth, qui sont connus pour leur volonté de créer des systèmes de vote décentralisés et incorruptibles. Entre décembre 2016 et mars 2017, Virgile Deville et Lucas Isasmendi ont travaillé avec nous à la sécurisation de POPvote (qui a subi des cyber-attaques massives par des pirates chinois lors du référendum civil de juin 2014). Leur aide a été grandement appréciée car ils connaissent bien des technologies telles que les réseaux IPFS et la Bitcoin Blockchain, qui permettent le stockage sécurisé des votes.

SnD : Notre situation est très spécifique car, contrairement à vous en Europe, nous ne travaillons pas avec, mais contre notre gouvernement. Même par rapport à nos amis de g0v… Ils ont eu l’occasion de faire pression sur leur gouvernement parce qu’ils ont gagné les élections. Dans notre cas, jusqu’à présent, nous ne pouvons pas accéder aux ressources institutionnelles, ce qui rend notre travail beaucoup plus difficile.

Quelles sont vos motivations ? En quoi la civic tech est-elle importante ?
Angus : La technologie est un outil très puissant qui peut être utilisé pour le meilleur, mais aussi pour le pire, car elle accorde aux dirigeants un pouvoir qui, par le passé, aurait nécessité le soutien d’une armée. De nos jours, un dictateur aurait besoin de très peu de gens pour gérer des milliers et des milliers de drones. Mon objectif est d’aider la société en faisant en sorte que les gens adoptent la culture de la technologie open source et qu’ils en fassent une utilisation vertueuse.

SnD : Dans mon cas, j’ai travaillé dans la Silicon Valley où il y a des mouvements open source qui cherchent à utiliser la technologie pour orienter la société vers la culture ouverte. Ce genre de mentalité est très répandu là-bas et quand je suis retourné à Hong Kong, toute la société m’a paru bizarre, surtout en matière de politique. J’avais l’impression que les gens étaient en colère tout le temps et j’ai donc choisi cette vie pour essayer d’améliorer la situation locale.

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